Groundhog Day*

Un peu comme Jules Verne, sous l’égide duquel j’ai placé ce blog, j’aimerais, chers lecteurs, pouvoir vous offrir des aventures jubilatoires à chaque nouvel article et je voudrais pouvoir enchaîner les événements extraordinaires et les péripéties joyeuses comme il le fait vivre à des héros à toute épreuve !

En réalité, dans notre installation, il y a de grands événements mais il y a aussi une vie quotidienne qui cherche à s’installer peu à peu, une forme de routine – j’ai bien dit le mot « routine » avec le difficile équilibre à trouver pour qu’elle ne devienne pas « routinière » – que nous essayons de mettre en place pour conduire sereinement nos projets.

Le seul paradoxe à tout cela, c’est qu’en même temps que je m’installe, le risque est d’avoir moins de choses à raconter et un regard qui s’habitue peu à peu. L’étrange devient insensiblement la normalité. Alors, comment rester juste, truculent et drôle avec ce quotidien pourtant désiré ?
J’ai quand même décidé de relever le défi et de vous raconter une vie plus ordinaire. Oui, nous sommes des gens tout à fait normaux, comme un des fidèles lecteurs de ce blog le souligne, et c’est pour cela que nous restons affectueusement si proches de vous tous !

Alors, comme vous tous, nous nous réveillons le matin pour aller travailler. Comme chaque matin, L. espère que je vais me lever la première pour préparer le petit-déjeuner, et comme chaque matin, malgré mes promesses d’amnésique de la veille, ce sont mes filles impatientes de démarrer une nouvelle journée qui ouvrent les rideaux et me tirent de mon lit – je reconnais qu’il y a une forme de basse indignité.
Je les accompagne ensuite à l’école, ce qui me vaut une bonne heure de transport avec l’aller et le retour – je connais maintenant par cœur les numéros de sortie de chaque station, les ascenseurs les plus rapides, les passages piétons les plus favorables.
Le quatrième jour, c’est à dire le premier novembre, non férié ici, j’ai rencontré les premières mamans françaises : je suis sortie de mon habituelle réserve et j’ai mis moins d’une minute à leur demander leur adresse mail et leur adresse tout court. Je vous laisser poser le diagnostic, chers lecteurs.

Après, je vous écris. Quelquefois, le déjeuner terminé, je ne résiste pas à une petite sieste de trente minutes.
Et puis il est trop tard pour me remettre à écrire, alors à 14 heure, quand il fait beau comme cette semaine, je chausse mes baskets pour une heure de marche au soleil, et je vais chercher mes filles à l’école. A cet endroit, je vous arrête un peu brutalement, chers lecteurs, de peur que vous ne vous emballiez trop vite ! Sur les cinq kilomètres de chemin le long de la mer, si je regarde à droite, c’est un peu la promenade des anglais en version buildings à Manhattan et quelques parcs fleuris comme celui de Yamashita et si je regarde vers la mer et la rive d’en face, c’est davantage le port du Havre, un paysage industriel avec des cheminées d’usine, des raffineries, des entrepôts et des autoroutes, etc., baie la plus dense au monde oblige !
Retour en train la plupart du temps, goûter et encore une heure à une heure et demi d’écriture.
Viennent quelques appels vers la France parfois et les courses : les logements étant très petits, les Japonais stockent très peu de nourriture et ont développé un réseau de grandes surfaces et d’épiceries ouvertes pour certaines 24 h / 24 et 7 j / 7 (les fameuses « konbini »**). Nous allons faire nos courses aussi détendus que si nous descendions nos deux étages pour aller chez notre boulanger, la convivialité et les échanges de nouvelles en moins.
Enfin, dîner en famille ou les filles seules, en fonction de l’heure d’arrivée de L. qui a deux heures de transport pour aller à son bureau et tout autant pour revenir (cela ne devrait pas durer).

Ce rythme a l’avantage de le faire travailler à la maison de temps en temps. Ces jours-là, nous en profitons pour déjeuner ensemble à l’extérieur : des pâtes dans un bouillon à base de viande, chez Ippudo en général, qui est d’ailleurs en train de devenir ma cantine. Nous y dégustons de délicieux « ramen » pour moins de vingt Euros pour deux, bières comprises. J’ai très envie de vous faire découvrir cette chaîne (même si ce mot peut faire peur), d’abord parce que je l’apprécie beaucoup comme vous l’aurez compris, ensuite parce qu’elle rencontre un vif succès (mérité selon moi) et qu’elle est saluée par de nombreuses critiques culinaires dont le fameux guide Michelin (mais je vous laisse découvrir les liens que j’ajoute à la fin de ce mail***) et enfin, parce qu’il y en a trois à Paris (je suis bien consciente que pour les non parisiens, c’est un peu frustrant) et que même à 10 000 kilomètres, j’ai l’impression de vous faire vivre concrètement un peu de mes découvertes d’ici.

Petite exception ce matin et changement de décors, L. et moi sommes tranquillement installés au Starbucks de Yamate**** : nos filles finissent à midi exceptionnellement, en raison de la fête de l’école dimanche, et nous optimisons nos allers et retours.
Je peux essayer tous les thés de la carte pour trouver celui qui n’aura pas de sucre ajouté, observer les allées et venues des clients, japonais ou occidentaux, venus y lire ou travailler comme nous, les rendez-vous des dames et messieurs japonais, américains ou anglais (je n’ai pas encore trouvé le quartier général des autres nationalités), avec ou sans bébés ou jeunes enfants, commencer leur journée par un contact social convivial, les retraités qui se retrouvent entre eux et prennent le soleil à la terrasse.

Je vous écris donc depuis ce Starbucks café qui est passé depuis hier d’une ambiance Halloween à celle de Noël – un autre avantage à Halloween, car sans elle, nous aurions déjà les décorations de Noël en octobre. J’ai déjà éclusé toutes les versions possibles et imaginables de « Jingle bell », et j’ai une pensée émue pour les équipes marketing de Starbucks qui doivent bûcher avec ardeur sur la « play list » de Noël censée faire vendre encore plus que l’année dernière. Immense respect à eux, d’autant que Johnny Hallyday nous manque toujours aussi cruellement et n’a malheureusement jamais eu le temps de sortir sa compilation pour l’occasion ! J’ai aussi le bonheur de travailler en face de L. qui finit par me rappeler avec mille précautions que nous avons un corps et tenter d’ouvrir une discussion aussi ennuyeuse que vitale : « Excuses-moi de te ramener à la réalité, qu’est-ce que tu veux manger ce midi ? » Le réfrigérateur est vide chez nous, comme souvent.

Mais heureusement, grâce à la “play list” de Noël, je me suis transformée en guimauve, je trouve ce moment délicieux, je suis au plus haut de mon assurance, et je sais que je vais trouver une solution – facile en l’occurrence, la cafétéria de l’école, ouverte également aux parents.
Je ferme les yeux et j’oublie la barbarie du monde : le réchauffement climatique, les élections au Brésil et cette bande de gros bras musclés qui grossit. Surtout, ne vous inquiétez pas, chers lecteurs, je me suis promise de ne pas parler de politique ou autres opinions en tout genre – exception faite avec Halloween, bien sûr – car il y a d’autres tribunes pour cela. Mais il faut bien que vous compreniez que je suis une apprentie blogueuse angoissée que le cours du monde empêche de dormir trop souvent, et il faut bien que je justifie mes réveils difficiles, matin après matin.

Alors oui, je me suis transformée en guimauve, je me demande actuellement si je vais supporter longtemps encore la “play list” du Starbucks mais en attendant, je vous souhaite du fond du cœur, un très long, un très heureux et un très paisible week-end.

A bientôt !

dfgdsrtez

* Un jour sans fin, film américain réalisé par Harold Ramis et sorti en 1993, avec notamment Bill Murray et Andie MacDowell
** “konbini” : pour plus d’informations https://www.kanpai.fr/societe-japonaise/konbini-epiceries-japonaises-ouvertes-247365
*** Ipudo : site international et site en France
**** Voir l’article Happy eve of All Hallows’ Day !

8 commentaires sur “Groundhog Day*

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  1. Quel bonheur la lecture de tes articles MP! Et quelle chance j’ai d’avoir pris du retard pour pouvoir me régaler d’en lire plusieurs d’un coup. C’est digne des meilleures séries télé dont on avale une saison entière en une seule fois 😉
    Merci de partager vos aventures et de nous les faire vivre avec ton enthousiasme si communicatif. J’ai hâte de reprendre du retard!

    Aimé par 1 personne

    1. Ouah ! Super de te lire Jérôme et merci pour ton témoignage si chaleureux ! J’espère qu’à ton prochain retard, la saison 2 sera aussi bonne mais j’y travaille, j’y travaille avec… délectation.
      Excellente continuation à toi et à très vite !

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