Petites et grandes pensées du jour

C’est devenu habituel, chers lecteurs, j’aime vous écrire le vendredi, car j’aime pouvoir vous souhaiter un heureux week-end. Parfois, je me sens inspirée, et parfois, je le suis moins. En réalité, je crois qu’il suffit de me poser un peu et d’observer le cours des choses.

Aujourd’hui, je vous envoie quelques moments de mes premières heures de ce vendredi 09 novembre : des petites attentions, une vie qui ne s’arrête jamais et une ville qui ne cesse de se construire à une échelle gigantesque.

Un thé ou un café au Starbucks de la rue « Motomachi », mon quartier général du moment. « Motomachi », ses magasins, ses cafés et ses restaurants, se sont construits pour les besoins des premiers résidents étrangers occidentaux, arrivés là à l’ouverture du port de Yokohama. C’est de cette rue notamment qu’ont été introduits de nombreux produits au Japon, comme le pain, les crèmes glacées ou la bière*. Les Japonais viennent y respirer une ambiance plus Européenne et un certain exotisme. Les étrangers y retrouvent ici quelques repères et tout ce beau monde se mélange avec harmonie. Nous sommes au pied de la colline qui domine le port au loin, au pied de « Yamate » dont je vous ai déjà parlé**. J’aime vous répéter les noms, les quartiers, vous parler des ambiances, pour que cette nouvelle géographie vous imprègne peu à peu et que vous finissiez peut-être un jour par vous sentir aussi chez vous, même à dix-mille kilomètres.
Le temps est à la pluie, au gris et au ciel bas. Mais cela n’empêche pas les employés du café de nous écrire des petits mots attentionnés sur nos gobelets pour accompagner notre nouvelle journée.

La boîte à lettres de La Poste. Rassérénée, je trouve l’énergie d’affronter les obligations administratives du pays et j’ai enfin renvoyé le formulaire qui confirme nos noms et nos prénoms à notre adresse temporaire. En bons Français Latins, nous avons dépassé la date limite depuis trois jours et je crains que nos premiers courriers ne retournent à leur expéditeur, notamment notre fameuse carte de crédit obtenue dans la douleur. J’imagine la tête de notre affreux banquier*** se dire en lui-même : « c’était bien la peine ! » Mais c’est de bonne guerre. Maintenant que nous avons notre compte en banque et nos cartes, et quatrième étape non négligeable, de l’argent sur le compte, la cinquième étape reste à franchir. Nous ne pouvons toujours pas retirer de « cash » car notre carte refuse obstinément l’option « English » des distributeurs automatiques. Résultat : tout est en Japonais. A vous maintenant d’imaginer ma tête quand j’ai voulu retirer de l’argent pas plus tard qu’hier soir afin de remplir notre réfrigérateur encore une fois complètement vide. En résumé, je dirais que c’est une relation qui se construit, notre banquier et moi.
En prenant en photo cette boîte à lettres (je reviens à mon sujet, chers lecteurs), je réalise que La Poste ne s’arrête jamais au Japon, comme les commerces : trois levées les jours de la semaine, idem le samedi – 45 minutes plus tard pour la première levée du matin, histoire éventuellement de permettre au postier de service de faire une grasse matinée -, et deux le dimanche. Je réalise du même coup, qu’aux yeux des Japonais, nous n’aurons aucune excuse valable à notre odieux retard, rien que notre honteuse négligence.

Pour me changer les idées, j’ai enfin pris les photos que je voulais depuis longtemps. Cette partie du quartier « Minato Mirai » dans laquelle nous habitons actuellement est un vrai chantier. Je crois qu’il est impossible d’y compter le nombre exact de grues, certaines perchées en haut des buildings. J’ai juste longé la route de notre résidence (pas plus de cent-cinquante mètres), composée de deux tours à trente étages et voici le résultat que vous trouverez sur les photos. C’est assez impressionnant quand on sait que certains chantiers ne s’arrêtent que le dimanche !

Je n’ai pas pu m’empêcher de rire de moi-même en me rappelant que dans la petite vallée où nous habitions, la construction d’une résidence de deux étages ne dépassant pas la cime des arbres m’avait mise dans tous mes états : protection de la nature et du parc national bafouée, hérésie de voir la densité de la population s’accroître, irresponsabilité, inconsistance voire incompétence et trahison des élus locaux, amateurisme du promoteur qui a fait s’effondrer l’unique route traversante et manqué de faire exploser le quartier (donc nous !) si les systèmes de sectionnement des canalisations de gaz n’avaient pas joué leur rôle. J’avais été à deux doigts de créer un comité de lutte pour la préservation de l’environnement, faire signer une pétition, menacer Monsieur le Maire d’un soulèvement, enfin, j’ai montré tant d’agitation, que j’ai intégré un groupe secret d’activistes et avec elles, rédigé tard la nuit et avec des airs de complot, un article au Canard enchaîné… persuadée que la France saurait reconnaître ses nouvelles lanceuses d’alerte…

Malgré la situation alarmante ici au regard de ma vallée, je reste calme et je profite de ces grues pour vous envoyer les photos de notre résidence – l’avant dernière de la série -, photos que j’aurais pu partager plus tôt si je n’avais pas une partie de mon cerveau souvent occupée ailleurs. Nous habitons au quatrième étage, ce qui d’après les non-dits tels que je les comprends, n’est pas très chic : plus vous habitez haut, plus vous avez une belle vue et de la lumière, plus c’est cher et plus vous êtes importants. CQFD. Nos filles, unanimes et très pragmatiques, ont haussé les épaules quand j’ai tenté de leur expliquer cet ordre du monde : « ce n’est pas pratique, maman, pour l’ascenseur, d’habiter en haut. Il faut l’attendre tout le temps et c’est plus long quand on est dedans ! » CQFD aussi !
Je vous envoie aussi une photo du hall d’accueil, absolument immense, avec une musique jazzy très douce qui vous réconcilie avec la terre entière quand rien ne va plus, ou quand vous n’arrivez toujours pas à digérer de ne pas habiter au-dessus du vingtième étage.

Ici et comme partout ailleurs dans la ville, dans les magasin, dans les stations de métro, les gares, tout le monde s’affaire pour installer et attacher des tapis aux entrées, aux escaliers roulants et autres endroits de passage. Avec la mauvaise saison, les lieux doivent rester immaculés.

Il est temps maintenant de fermer la fenêtre, même si l’alarme de sécurité des grues reste une mélodie douce aux oreilles (cela me change de l’affreux beuglement qui servait de communication au chantier barbare de notre petite vallée), et de retrouver un peu de calme pour vous souhaiter un week-end comblé de petites attentions et de temps pour vous préparer un nid propre, douillet et chaud pour la mauvaise saison qui arrive.

Portez-vous bien, chers lecteurs, et merci pour votre fidélité !

* Voir l’article Toute première fois
** Voir l’article Happy eve of All Hallows’ Day !
*** Voir l’article Une journée de petits riens ou comment le Japon se dévoile peu à peu

19 commentaires sur “Petites et grandes pensées du jour

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  1. Voilà une nouvelle façon de relativiser la question de la densification urbaine, tout est affaire de point de vue.
    Et d’ailleurs je reconnais bien là le sens pratique de vos filles:-)

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  2. Merci Marie-Pierre pour ces descriptions croustillantes qui me donnent l’impression de me promener à Yokohama avec toi comme guide ! J’ai adoré la comparaison avec le chantier d’en face ;))
    Bon et doux week-end à vous 4. Bises.
    Emilie

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    1. Bonjour Delphine, il est vraiment heureux que j’arrive à t’emmener et à déambuler, ainsi que d’autres lectrices, dans tous ces quartiers de Yokohama. Prépares-toi car il ne saurait tarder que j’ouvre un peu l’horizon et que j’essaie maintenant… Tokyo. A moi, la grande ville 😉
      J’espère que tu vas bien. Bises.

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  3. Tes articles nous font toujours autant voyager, merci ! 😊
    Et quelle plume virtuose, digne d’un Roland Barthes 😉

    P.S : je te conseille une petite lecture japonisante de cet auteur, « L’empire des signes »)

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    1. Merci Marie pour l’immense compliment.
      Et je ne connaissais pas ce livre de Roland Barthes. Il me tarde de le lire. Alors merci beaucoup pour le partage à tous.
      Du coup, et grâce à toi, j’essaie de localiser les librairies Françaises – cette référence n’existe pas en format Kindle. J’en ai localisé une à Tokyo, à la gare IIDABASHI, près de l’Institut Franco-Japonais : http://www.omeisha.com
      Je vous raconterai…
      Excellente continuation à toi !

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  4. Merci pour cette description qui nous permet de nous rapprocher malgré les 10000 km.
    Toujours fan de ton style d’écriture.
    Je me permets également d’utiliser ton blog pour te conseiller ainsi qu’à toutes les lectrices les livres de Virgine GRIMALDI. Ce n’est pas de la grande littérature, mais la lecture de « Tu comprendras quand tu seras grande » m’a fait prendre de vrais fous rire comme à la lecture de certains de tes articles.
    Bonne lecture

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    1. Merci aussi beaucoup pour ce partage Stéphanie.
      Je suis très touchée que ce blog permette et favorise le partage des coups de cœur des lecteurs ! Ce sont des liens que j’aime beaucoup.
      Tu n’es pas la première personne à me parler de Virginie Grimaldi. Alors, il va vraiment me falloir aller faire un petit tour par-là aussi. Vive la lecture !
      Merci encore et à très bientôt. Bises à vous tous.

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  5. Quel plaisir, quelle délectation, de te lire encore et encore !
    Ton style d’écriture nous permet de vivre tout ce que tu nous décris comme si nous étions à tes côtés.
    Et tu as enfin un QG ! Bon, sans vahinés mais assez plaisant tout de même d’après ce que j’ai compris ;-).
    A très vite

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    1. Merci Chris pour ton soutien et pour le rappel de ce merveilleux souvenir.
      Le QG avec les vahinés, je te le réserve :-))))… et c’est même nous qui allons le créer… en attendant et pour me consoler, je bois des bière au citron et au gingembre. Toujours aussi bonnes !
      Aloha !

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  6. Marie Pierre,
    J’ai adoré le rappel de l’article au canard enchainé… Et je maintiens le groupe d’activiste pour sauvegarder le vert ;-))). Néanmoins à voir les photos les constructeurs japonnais sont plus fiables que ceux de notre chère Vallée..

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    1. Je trouve que le Canard a été un peu snob sur ce coup-là ;-))) mais ne désespérons pas. En même temps, ce serait bon signe si nous pouvions nous passer de ce journal…
      J’imagine que si notre constructeur venait à Yokohama… la ville ressemblerait à Alexandrie dans Astérix et Cléopâtre. Numérobis, le retour… J’en pouffe de rire :-)))

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  7. Rassure-nous, as-tu pu remplir ton frigo car moi quand j’ai un peu le spleen je mange… donc je suis un peu inquiète quand même. Je te découvre aussi en militante. J’adore tes histoires!

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    1. Merci Cath ! Merci beaucoup pour tes retours.
      Alors, comme je ne suis pas vraiment (encore) une aventurière, j’ai gardé ma carte bancaire Française. Le kit de survie indispensable avec un banquier récalcitrant… Qui me coûte quelques Euros mais bon, il faut bien manger. Depuis, j’ai quand même réussi à scanner l’écran du distributeur avec Google traduction…
      J’ai trouvé des petits gâteaux au chocolat, de type petits écoliers mais de petites tailles… Je fais un vrai massacre ;-)))

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