Luxe et passion

Ce n’est pas un article très facile que je m’apprête à vous écrire, chers lecteurs. Mais tôt ou tard, nous allons finir par trouver un « vrai » logement – nous habitons encore deux petits studios séparés et temporaires – et nous quitterons certainement « Minato Mirai », son parc d’attractions, sa grande roue et ses lumières, ses « shopping malls », ses tours immenses, ses « commuters » et ses grues. Bien que je vous ai décrit tout cela régulièrement et par petites touches, le tableau ne serait pas complet à mes yeux – si tant est qu’il puisse l’être un jour – si je ne vous révélais pas un dernier aspect de ce quartier.

J’ai longtemps hésité et souvent procrastiné car c’est un sujet que je maîtrise mal et qui m’intéresse assez peu en général, un sujet qui peine donc à stimuler mon imagination. Et écrire un article sans inspiration, je suppose que le résultat serait un peu comme faire des montagnes russes sans pente, ou déguster un repas gastronomique cuisiné sans sel ni poivre. Plat et fade.

Heureusement, au détour de mes pérégrinations, j’ai rencontré quelques Japonaises qui sont venues confirmer mes impressions et mes descriptions de cette ville : « Yokohama, c’est exotique ». Puis après un temps, elles ont prudemment ajouté : « Yokohama, c’est le luxe ». Les mots avaient été prononcés, il n’y avait plus rien à faire, chers lecteurs. Je vous devais une certaine objectivité et beaucoup de générosité. Et je ne pouvais plus priver les passionnés d’apprécier ce que la ville de Yokohama offre de plus remarquable.
Mais ici, je ne vous parlerai pas du nombre incalculable de bijouteries que compte la ville et que je ne regarde même pas, en bonne Française un peu snob que je suis et qui croit encore que la place Vendôme à Paris est le centre du monde – place où je n’ai jamais mis les pieds par ailleurs. Je ne vous parlerai pas non plus des fastueuses boutiques de haute couture, de prêt-à-porter et de luxe, pas de Chanel, Dior, Gucci, Prada, Louis Vuitton, Hermès et j’en passe évidemment une myriade. Je ne déambulerai pas dans les avenues Georges V, Montaigne et François Ier, car ni ces boutiques ni ces rues n’existent à Yokohama. Non, ici, je me prépare à vous parler de design, de prouesses technologiques, de performances et de vrombissements.

Je m’attends à ce que certaines malicieuses lectrices me soupçonnent de calculs éhontés pour accroître la fréquentation de mon blog. Elles m’auraient presque vue acquérir à prix d’or de savantes statistiques pour les étudier de très près et tard le soir, puis chercher les sujets qui permettraient d’attirer plus encore le lectorat masculin. « Que nenni, leur répondrai-je, je suis dans l’air du temps et je sais certaines femmes amatrices de belles voitures et de sport automobile. »
C’est ainsi que par une belle journée automnale, j’ai énergiquement chaussé mes baskets, vérifié la charge de mon téléphone portable qui me sert surtout, à mon grand désespoir encore, d’appareil photo, et j’ai fait le tour des boutiques en pensant à votre régal à toutes et à tous.

J’ai d’abord marché six cent cinquante mètres et je suis tombée sur le concessionnaire – à ce niveau de gamme, est-ce encore « un concessionnaire » ? Est-ce « une boutique » ? « Un magasin » ? « Un espace de ventes » ? – Bentley. Il paraît le concurrent devenu allemand de Rolls-Royce, avec cinq victoires dans les années vingt aux courses d’endurance du Mans. Permettez-moi à ce moment précis d’en profiter pour chaleureusement saluer La Sarthe, le pays où j’ai grandi.

Mais revenons à nous moutons. Je dis « il paraît » parce que pour la bonne cause, je me suis offerte les services d’un consultant très spécialisé, d’où mon retard dans mon habituel article du vendredi. En même temps, et quelle que soit la valeur de cette publication, cet investissement n’est pas vain car vous verrez chers lecteurs, que l’automobile est un sujet très important pour l’insertion d’une Française à Yokohama.
J’ai donc marché à nouveau six cent mètres et je suis arrivée chez Maserati, toujours Italien après de nombreux méandres. J’ai découvert au cours de mes recherches, qu’un des frères Maserati avait fabriqué des vélos, puis des motos, d’où la photo que je joints. Et juste à côté, se trouvait Lamborghini, devenu elle aussi allemande. Un peu plus tape-à-l’œil, j’ai trouvé. J’ai continué mon chemin six cent mètres encore, et j’ai atteint Jaguar Land Rover, aujourd’hui filiale de la société automobile indienne Tata Motors.

Ici quand même, il y a bien un petit modèle couleur crème que j’ai trouvé plutôt réussi. Mais je me suis très vite rappelée les affres de la conduite. Les piliers de notre garage n’étaient jamais assez éloignés de notre place de parking et l’entrée jamais assez large. Notre méticuleux garagiste a souvent cru que je m’acharnais sur lui et que je tentais de le plonger dans un insupportable « burn-out ». Il nous est arrivé de lui faire refaire la même carrosserie à quinze jours d’intervalle, comme si nous lui signifions qu’il ne travaillait jamais assez bien. Et le jour où j’ai appris que nous partirions peut-être au Japon, j’ai fait l’expérience d’un trou noir tel, que j’ai arrêté la voiture dans la descente menant à notre garage, incapable d’avancer plus loin. L. a dû descendre les trois étages de notre résidence en pyjama – là, j’exagère – pour finir la manœuvre. Habituellement, c’était mon boulanger, ayant le don de reconnaître n’importe quelle voiture au bruit de son moteur, qui sortait de son fournil pour faire office de chien jaune comme si j’allais effectuer le plus délicat des atterrissages sur le pont d’un porte-avion. Mais il n’était malheureusement pas présent cette fois-là. Donc non, avec le modèle crème, je me suis dit qu’il me fallait garder un peu de dignité et que je deviendrai un peu trop ridicule.

J’ai donc poursuivi ma route et à cinq cent mètres de là, j’ai franchi le siège social de Nissan et son « show room » – j’ai retrouvé, c’est le mot qu’il faut employer – absolument gigantesque. Une passerelle piétonne publique menant à la gare centrale de Yokohama, traverse la tour du célèbre constructeur et le passant « commuter » et tous les autres peuvent ainsi admirer les modèles de la célèbre marque devenue Française. Et pour les plus curieux, un escalier roulant vous y emmène tout droit. En plus d’admirer de plus près les voitures exposées, il est possible de se poser à un Starbucks implanté dans cet immense espace, certaines tables étant aussi installées sur la terrasse au bord de l’eau. A chaque fois que j’aperçois cet endroit, je ne peux m’empêcher d’admirer le génie de ces marketeurs Japonais ainsi que leur porte-feuille bien fourni.
Pour finir, j’ai parcouru un bon kilomètre et me suis arrêtée devant chez Audi. Eux aussi ont un café et une belle terrasse et un mariage y était fêté quand j’y suis passée.

Alors voilà, pour ceux qui apprécient le sujet, je vous laisser tout le temps d’admirer les photos. Et quand vous aurez fini, je rajouterai qu’une grande majorité des expatriés Français et certains étrangers aussi, travaillent ici à Yokohama pour Nissan et d’autres équipementiers automobiles. Alors pour mon intégration, il est bon que je me cultive un peu sur le sujet. Mais malgré cela, pour rester en cohérence avec le quatrième étage de notre tour*, et parce que je me suis découverte quelques velléités de militantisme – à défaut d’une casquette de pilote de Formule 1 -, nous allons essayer de vivre ces années d’expatriation avec les seuls transports en commun que propose le pays. Je crois que ce n’est qu’un petit défi quand on sait l’abondance, la ponctualité, la propreté, les services et l’amabilité qu’offre notamment les transports ferroviaires. Et quand nous ne prendrons pas le train, le dimanche notamment, nous irons sur le boulevard qui se situe juste devant la « Cosmo Clock 21 » (la grande roue) et admirerons le défiler sobre des Japonais qui sortent leur petit bijou, les beaux jours.

Excellent week-end, chers lecteurs.

 

 

 

 

* Voir l’article Petites et grandes pensées du jour

5 commentaires sur “Luxe et passion

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