Ume matsuri

Après une plongée abyssale dans nos déchets, le moment est arrivé chers lecteurs, de sortir la tête de nos poubelles et de profiter de quelques jours de beau temps, pour nous promener et glaner quelques moments légers que la vie sait aussi nous offrir. 

Je vous emmène à Tokyo, non loin du parc de « Ueno », non loin des universités et des boulevards bigarrés et animés. Je vous emmène au sanctuaire « Yushima Tenjin » assez peu connu des touristes, car d’autres temples Tokyoïtes lui volent allègrement la vedette. Je vous emmène vivre un « ume matsuri » – « festival de la floraison des pruniers » (1) – qui s’est lui aussi fait voler la vedette par les cerisiers, les fameux « sakura » de toutes nos images touristiques, au point que le « ume » (prononcez « umé ») est souvent inconnu des voyageurs et je m’ajoute dans le lot jusqu’à maintenant. Pourtant, c’est bien à la fleur du « ume » que revient la place de fleurir la première à la fin de l’hiver Japonais (dès le début du mois de février selon les lieux) et d’annoncer le printemps. C’est elle qui produit des fruits que les Japonais transformeront de mille manières. Elle aussi qui a inspiré de nombreux artistes et produit des chefs-d’œuvre, de kimono, d’estampes, ou d’autres nombreux supports que je vous laisse découvrir (2) et qui ont à leur tour inspiré jusqu’à nos peintres Européens. Mais le monde est ainsi et injuste, et nous le savons tous. Il préfère la folie et l’apothéose des ingrats « sakura » (3).

Je vous laisse déambuler avec moi dans ce vieux sanctuaire Shinto du Vème siècle dans lequel les étudiants et les familles prient la réussite aux examens scolaires et universitaires et laissent de pesantes plaquettes de bois dont les souhaits sont tournés vers le ciel. Je vous laisse savourer et célébrer cette première floraison à la manière des Japonais, amoureux inconditionnels de ces rendez-vous qu’offre la nature (4). Je vous laisse revivre une kermesse de votre enfance avec de petits stands, essentiellement de nourriture (huîtres farcies aux épinards et autres mets exotiques indéfinissables), de confiserie (barbe à papa, ici aussi, et sculptures de bonbons qui semblent un art assez ancien), de ballons qui réjouiront les enfants, des spectacles (que je n’ai pas réussis à identifier), des dégustations de liqueurs, ici de prunes (« umeshu ») (5), il va sans dire, de drôles de personnages, des plus attendus en kimono aux plus improbables avec M. Saucisse. Il vous faudra jouer un peu des coudes parmi les photographes pour admirer les couleurs et la ronde délicatesse de ces fleurs. Il vous faudra aussi faire la queue parfois. Mais vous vivrez l’expérience unique d’un sanctuaire où prière, contemplation, digestion, dégustation et déambulation font bon ménage. Vive les « ume matsuri » des week-ends de février à mars !

Et si vous n’en avez pas assez, et parce que le printemps se décline aussi aux couleurs du shopping, incontournable au Japon, nous irons à « Ameyoko », à quelques rues du « Yushima Tenjin ». Ce marché qui longe les lignes des trains, a mille et une raisons pour proposer des soldes (qui doivent durer toute l’année de ce fait) et les marchands se grandissent sur des tabourets pour tenter de se faire remarquer davantage que le voisin et vous proposer l’affaire du siècle à Tokyo. Tout se vend, moins cher paraît-il, même de précieux moments en compagnie de chouettes ou de hérissons.

Nous finirons par observer le déclin du soleil au bord de l’étang naturel « Shinobazu » du parc de « Ueno » et rentrerons satisfaits de cette belle journée, du spectacle continuel que Tokyo offre à ses visiteurs, et des fantaisies des Japonais qui équilibrent un peu la rigueur de leurs procédures.

Quant à moi, j’espère que cette douce promenade vous plongera avec joie dans vos prochains week-ends et vous donnera quelques idées pour vos sorties. Et si vos pas vous menaient un jour jusqu’au Japon, vous ferez comme moi. Vous ne confondrez plus les cerisiers et les pruniers, et vous serez très fiers d’avoir le regard un peu plus affûté et l’esprit plus habile.

Agréable et gourmand lundi de reprise, chers lecteurs !

Illustration : Em. EMillustrationsFR

(1) « Ume » (Prunus Mume) appelé aussi « abricotier du Japon ».
(2) Voir la photo. Paire de paravents à deux feuilles, Prunier blanc et prunier rouge, Ogata Kôrin, vers 1715. Atami, Musée MOA.
Gustav Klimt fut inspiré par l’école japonaise de « Rimpa » (mouvement artistique) auquel appartient Kôrin. Sur ces paravents, par la forme des vagues, notamment.
(3) Les « sakura » (cerisiers japonais) ne produisent pas de fruits.
(4) Les « spots » (parcs, temples, sanctuaires) à « Ume » sont très bien référencés sur Internet.
(5) Les Japonais apprécient également les « umeboshi », des prunes salées très populaires au Japon. Voir l’article « L’umeboshi »

6 commentaires sur “Ume matsuri

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  1. Très bel article, très belles (et originales !) photos ! Merci MP pour cette joie parenthèse 🙂
    Jouer avec des chouettes et des hérissons… c’est pour le moins… inattendu… 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup Nelly ! Oui cette parenthèse change un peu des poubelles… Ça fait du bien… 😉 Et même en plein cœur de Tokyo, ce sanctuaire fait voyager le visiteur pendant les ume matsuri 🙂
      Et après quatre mois ici, je sens que mon regard photographique change un peu aussi. Tu l’as remarqué, c’est chouette !
      Belle continuation à toi, j’espère que ton lundi a été porté par cette ballade 😉
      Bises

      Aimé par 1 personne

  2. Trop joli! Bien entendu si tu ne l’avais pas dit j’aurais dit qu’il s’agissait des cerisiers ;-)) En tout cas nous les cerisiers ne sont pas encore en fleur mais par chance (même si cela pose question) on goûte un avant goût de printemps qui nous rapproche de cette ambiance japonisante. As-tu ajouté ta plaque de bois?

    Aimé par 1 personne

    1. Hi Cath et big hug !
      Il n’y a pas de mal. Sans mes amies connaisseuses du Japon, je serais tombée dans le panneau, voire je serais passée à côté… Alors je vous en fais profiter 🙂 J’ai vu que le beau temps sévissait aussi en France et je partage la même joie que toi et les mêmes interrogations, bien que la luminosité doive vous faire le plus grand bien !
      Je n’ai pas encore osé poser une plaque en bois… Il va falloir que j’y arrive 😉 C’est la prochaine étape !
      Grosses bises et bonne continuation surtout 🙂

      J'aime

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