Joyeuses fêtes

Nos filles sont en vacances depuis hier midi. Avec les certitudes et les incertitudes de mon emploi du temps, il est l’heure pour moi de vous souhaiter un joyeux Noël, de belles fêtes de fin d’année et des vacances reposantes, vœu pieux, ou à tout le moins, des vacances qui vous appartiendront ou un soupçon.

Afin de clore peu à peu mes promenades de l’année, je suis retournée à Kamakura dont je ne vous ai jamais parlé. Une cinquantaine de minutes en train depuis la maison. J’avais lu, sans plus la retrouver, qu’« on » l’appelle
« la petite Kyoto ». La mer, des temples, des touristes, des petites boutiques à s’arrêter à chaque pas, centre névralgique du pouvoir pendant presque cent cinquante ans, retenez le XIIIème siècle. En forçant sa mémoire, le shogun
(« généralissime »)
Minamoto Yoritomo s’y établit, après quelques guerres de clans sans doute bien senties. L’empereur n’est plus qu’un fantoche, même si un fantoche bien pratique, pour l’administration et la culture.
La première partie du «
Moyen-Âge » de l’histoire japonaise s’ouvre avec l’époque de Kamakura. « On » s’y partage les tâches. L’élite guerrière domine désormais la direction du pays. L’empereur et la noblesse vivent retirés à Kyoto dans l’exception impériale et ininterrompue depuis une création divine parmi d’autres.

Quelques siècles après, l’ordre des choses se voit arrêté : en haut de la hiérarchie, les guerriers donc, puis les paysans, puis les artisans. Les marchands se retrouvent tout en bas, très loin des dieux. Après réflexion, ils ne créent pas grand chose. Derrière eux traînent en marge les parias et encore en dehors, les intouchables, criminels et mendiants. Enfin, tout cela se trouve bien simplifié. Perry (1) de toutes les façons débarqua, et avec lui, toute la smala. Un ordre nouveau se mit en place. Poussé par un instinct de survie le Japon sortit du Moyen-Âge et copia l’Occident.

Il ne m’a pas encore été donné de faire le tour de Kamakura, quelques temples, certains deux fois, d’autres jamais, la plage en janvier de cette année, le grand Bouddha, beaucoup de photos mais pas de vues d’ensemble. Pour ce temple Tokeiji si charmant, je fais une entorse pourtant. 

Fondé en 1285 par une femme, Kakusan ni, le temple servit de refuge aux femmes fuyant leur mari. Celles-ci pouvaient obtenir le divorce (droit alors inimaginé aux femmes) en restant dans ce temple pendant trois ans. Elles devront se résigner jusqu’en 1873, date à laquelle l’état japonais leur reconnaîtra ce droit sans avoir à rester cloîtrer chez les nonnes. Ainsi se termineront en 1902 les bons soins du Tokeiji qui rejoindra une secte (au sens historique) Zen d’un temple voisin. Il y règne la paix, un cimetière aux couleurs d’automne et fréquenté par les âmes de nombreuses personnalités que je laisse déambuler à leur guise, à moins qu’elles ne se soient réincarnées, sans prendre le temps de faire quelques recherches. Ce sera pour plus tard, quand je reviendrai pour les pruniers en février et les iris en juin.

De l’autre côté de la ligne de chemin de fer, se trouve une exposition de kimonos transformés en objets du quotidien. De la soie, des couleurs, des motifs, ici les Aïnous (2), les vagues à l’âme d’Aubusson, là les sakura, les anneaux olympiques, des patchworks, bannières médiévales, chemins de table, couvertures de lit et le sapin de Noël de cette cuvée 2019, qu’une couturière française de Laroche et autres compagnies créa. Amélie Degeorge Hayashi passionnée doit bien avoir quatre-vingt dix ans d’après mes calculs. Elle donne l’envie de savoir manier l’aiguille avec autant de doigté. Elle vend aujourd’hui son oeuvre de dizaines d’années.

Autant sortir et parcourir le petit jardin du musée. Il recèle des trésors. Mes amies japonaises ne l’apprécient pas, car trop mal entretenu. Chaque pas offre une vue et la nature y fait des merveilles. Dans ce coin caché tout au fond, j’ai cru entrer dans une forêt enchantée. En me retournant, j’ai découvert une espèce d’animal en céramique, et là-bas une vasque que des boutons rouges suspendus coloraient. Un monde s’ouvre aux visiteurs et je crois en avoir exploré le moindre repli. Je ne tournerai aucune page à mes promenades.

Joyeuses fêtes à toutes et tous !
Moi, vous le savez, je vais tenter de mettre de l’ordre en toutes choses et débusquer quelques mauvais esprits à commencer par mon grenier (3).
J’envoie cet article sans relecteur. Il se trouve trop occupé et il me faut bien plonger un jour dans le grand bain. Il n’est peut-être pas si difficile d’éprouver les mouvements à sa manière. Et il pourrait m’arriver de nager merveilleusement.
L’année prochaine sera celle du rat. Je fus si touchée à Tokeiji que j’ai acheté deux petits rats colorés pour l’éponyme année à venir. Ils sont déjà installés dans notre entrée, aussi mignons que des souris, rieuses, calmes et un peu mystérieuses.

  1. Voir l’article Le sort de Shimoda
  2. Peuple autochtone d’Hokkaïdo
  3. Les derniers jours de décembre, les Japonais font le grand ménage dans la maison : ce vaste nettoyage appelé ôsôji (大掃除) fait office de rite de purification. Voir Le nouvel an au Japon, Kanpai!

8 commentaires sur “Joyeuses fêtes

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  1. Très chère Marie-Pierre, 😊
    Je te souhaite, ainsi qu’à toute ta petite famille, de très belles fêtes de fin d’année, ainsi qu’une bonne année à venir. Qu’elle soit remplie de joie et de nouvelles explorations qui raviront nos yeux et notre imagination !
    Je te remercie pour cette année de voyage, à suivre tes aventures à travers tes articles. Quelle joie de te lire à chaque fois !
    A très bientôt.
    Je t’embrasse bien fort, 😘
    Marie

    Aimé par 1 personne

    1. Très très chère Marie,
      Un grand GRAND merci pour ton chaleureux message qui m’a fait très TRÈS plaisir. Les derniers commentaires des lecteurs sont arrivés dans mes spams… En décembre, je croyais tout le monde occupé aux préparatifs de Noël… Et en faisant mon ménage de début d’année, j’ai retrouvé des pensées amicales et chaleureuses comme les tiennes… Merci du fond du cœur. Elles m’ont permis de reprendre le chemin de Kawaii avec joie. Oui, je suis toujours lue et attendue 🙂 Oui quelle joie de savoir nos liens durer malgré le temps et la distance, et même se renforcer 🙂
      A mon tour de te souhaiter une heureuse année 2020 ainsi qu’à tous tes proches. Je t’imagine encore dans votre installation. Que vous devez profiter et savourer chaque jour !!! Je vous souhaite de beaux projets et de pouvoir les vivre pleinement 🙂
      A très bientôt, je t’embrasse et te / vous envoie toutes mes pensées,
      Marie-Pierre

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    1. Merci Stéphanie. Ce message était tombé dans mes spams !!! Heureusement, nous avons pu partager tous ces mots de vive voix. J’espère que tes souvenirs vivent très fort au fond de toi et que la reprise n’était pas trop éprouvante !
      Grosses bises

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    1. Très chère Titinne,
      Que je suis heureuse de te savoir maintenant avec Kawaii avec de nombreuses autres lectrices et lecteurs de cœur 🙂 J’en suis très très fière.
      Et j’aime que tu ris de mes histoires. Toi aussi tu me fais rire.
      A très bientôt sur Kawaii et porte-toi bien,
      Je t’embrasse,
      Mme Kawaii

      Aimé par 1 personne

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