Pépette, le chat du quartier

Après trois semaines le capuchon fermé sur la plume, je crains qu’il ne me faille quelques exercices afin de retrouver ma gymnastique. Que raconter ? Notre voyage à Kyoto ? Il viendra en son temps. Ici, comme chez le lecteur, le moment est à la reprise. Le lent retour au quotidien suit la densité et l’exception. Lundi pour L. et mercredi, hier, pour nos filles, avec un temps froid et pluvieux exécrable.

J’en ai profité pour déjeuner à Tokyo avec une amie et découvrir la bibliothèque de l’ambassade, ouverte grâce à des bénévoles. Instants de rencontres et d’échanges. Comment ai-je pu l’ignorer si longtemps, et encore, poussée par des appels du pied réguliers et finalement prise par la main adroitement ? La distance certainement, compter deux heures en train avec le poids des livres sans l’assurance d’une place assise mais celle d’un état nauséeux. J’ai emprunté des DVD et réalisé une fois dans la rue que nous n’avions plus de lecteur. Mais quelle étourdie enthousiaste !

Le temps est au beau fixe aujourd’hui et je compte m’installer derrière nos baies vitrées et faire le lézard. Les sèches-cheveux géants qui nous refroidissent l’été et nous chauffent l’hiver peinent à contrecarrer une isolation minimaliste ou au prix de yens sonnants et trébuchants.
Nous nous en parlons entre expatriés : « Ça va le froid ? ». Ajouter : « dans votre maison ». « Le plus dur arrive en mars. “On” n’en peut plus du froid et il faut attendre avril pour que ça se réchauffe un peu. » Une amie témoigne quand je savoure le plancher tiède d’un salon à une quarantaine d’étages d’une tour avec vue sur le Mont Fuji : « Avant d’arriver ici, tout le monde m’avait recommandée de ne surtout pas habiter une maison. Un appartement. Un appartement.
– Tu connais une telle ? ajoute une deuxième. Elle est partie l’année dernière. Elle habitait une maison, pourtant dans un quartier chic à Tokyo. Il faisait si froid dans sa cuisine qu’elle s’était achetée des bottes fourrées et portait une doudoune pour préparer les repas. » Cela ne me surprend pas.

Dans ma cuisine sans radiateur, il y fait encore un peu de bruit, poussée par les plats qui manquent au point de braver l’inconfort : gratin ou soupe de potirons, persil du jardin hérité de nos prédécesseurs, gratin dauphinois, crème anglaise et chouquettes, tarte aux pommes ou quiche, les pâtes brisées réalisées à la maison car nous n’en trouvons pas ou congelées, ou une seule sorte.
Une amie en visite nous a offert un livre de cuisine :
Super lunch box (1). De nouvelles boîtes à bento en verre pour le micro-onde de l’école et un chili con carne pour la reprise, une purée de patates douces japonaises aujourd’hui. Une nouvelle saveur que j’ai découverte bon marché, et saine, après quelques recherches et dont il me faut encore apprivoiser la cuisson et les préparations. J’ai cru que mon presse purée allait rendre son tablier.

Le soir dans notre chambre, nous allumons le chauffage trente minutes avant l’heure de notre coucher puis l’éteignons en même temps que la lampe. Ensuite, notre couette trop chaude pour la France (400 g/m3) reste à peine suffisante malgré un plaid supplémentaire. J’ajoute une polaire à mon pyjama, je me roule en boule et n’ose changer la place de mon visage sur l’oreiller glacial. Je pense aux bouillottes de mon enfance, aux briques passées au four pour réchauffer les lits de jeunesse paternelle, brûlantes au début mais si bonnes, les édredons de laine de mouton. Le plus difficile reste de sortir de son lit le matin et d’entrer dans la salle-de-bain sans chauffage, exceptée la douche.

Ce matin, le chat errant du quartier – mais l’est-il, tant il est beau et soigné ? – que nous avons appelé Pépette avec nos filles, profite du promontoire dudit chauffage sur notre terrasse pour faire sa toilette. Puis elle s’est chauffée le dos, s’est retournée et se chauffe maintenant la tête, droite et digne. A présent, elle s’allonge et se prélasse au soleil puis s’endort tout à fait. La température grimpe. Je l’observe, la prends en photo et ce faisant, la dérange un peu. Elle me lance un regard froid. J’observe le quartier, savoure le silence. Nous rangerons les décorations de Noël ce week-end. A l’heure où je termine cet article, Pépette est partie.

Parfois, elle vient à la rencontre de nos filles, au retour de l’école. D’autres fois, elle essaie de rentrer à la maison. « Non, non, Pépette. C’est une maison d’allergiques ici. Et qui s’occupera de toi pendant les grandes vacances ? » Elle nous offre son ventre et nous la caressons sur le pas de la porte. Il est arrivé à cet instant qu’un corbeau vienne se poser sur la rambarde. Il semblait réclamer les caresses à Pépette ou à tout le moins, tenter la même expérience. Songeons-nous que les corbeaux pourraient être en mal d’affection ? Pépette disparaît plusieurs jours et revient. Le vent est maintenant tombé, mon tour est venu de tendre le visage vers le soleil.

Je peine à souhaiter mes vœux cette année. Je suis peut-être engourdie par le froid, j’hiberne ou je prépare une mutation, ou peut-être autre chose ou rien. Je souhaite aux lecteurs une bonne santé et comme le chat, je lui souhaite des contemplations et des absences, des lenteurs et des siestes, pour prélasser son corps et ses idées, et d’un bond agile, reprendre le cours de ses activités.

Le soleil chauffe la maison. Il fera moins froid ce soir à notre coucher. A la fin, je sors une chaise, et puis un fauteuil, plus confortable, et une table de jardin, j’enfile mes lunettes de soleil et attrape un thé, un déjeuner et un bouquin. Telle sera ma pause. Après quatre saisons passées à Yokohama, je sais qu’à partir du mois de juin, la terrasse appartient à la pluie, aux moustiques forcément retors, à une chaleur humide constante, jour et nuit, sans répit jusqu’au mois d’octobre, et à mes plaintes.

  1. Super lunch box, Sabrina Fauda-Rôle, éd. Marabout.

10 commentaires sur “Pépette, le chat du quartier

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  1. Quel plaisir de retrouver ta plume ! Et toi par la même occasion !
    A notre tour de te souhaiter une année, qu’elle te soit aussi paisible que semble l’être la sieste de Pépette.
    Ta petite table et le fauteuil associé posés sur ta terrasse au soleil me font drôlement envie 😉
    Vivement !
    je t’embrasse

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    1. Merci Chris ! Ce sont les commentaires des amies et lectrices comme ceux-ci qui me font retrouver le chemin de Kawaii avec bonheur et allant. Et tu as bien raison pour la table et le fauteuil. C’est un moment agréable, autant qu’une sieste de Pépette et ils t’attendent 😉 J’en connais une autre aussi 😉
      A très vite !!!
      Grosses bises

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  2. Bonne année 2020 Marie-Pierre. Ravie de te retrouver. Ravie de te lire. Ravie de te « voir » assise sur ta terrasse en train de nous écrire. Riant de t’imaginer en combi/polaire/mooboots en train de cuisiner ta purée de patate douce (miam avec un filet d’huile de sésame) dans ta cuisine au carrelage glaciale.
    Mais alors ? Quelle est la température dans ta maison (quand le soleil n’est pas là) ? 19°C ? 18°C ? 17°C ? Tu dois bien avoir un thermomètre pour surveiller, non ?
    A très bientot

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Delphine ! Excellente année 2020 à toi aussi, avec des moments de paix bien à toi 🙂 D’autres mots encore plus tard t’attendent. Ils mûrissent comme un bon fruit.
      Promis, si je m’équipe ainsi dans ma cuisine et je ne doute pas que cela arrive, les jours gris, je t’envoie une belle photo 🙂 Et évidemment, la question pertinente devait tomber… Je n’ai aucun thermomètre… Je m’en vais de ce pas en acquérir un ces prochains jours.
      A très bientôt et bon courage !

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  3. Belle 2ème année au Japon !
    Cette terrasse au soleil est très agréable pour lire ! Profites en !
    Bon appétit à vous avec ces nouvelles recettes qui semblent bien réussies !
    Pensez à mettre un gros rideau devant la porte de la cuisine.

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    1. Merci Stéphanie pour tes conseils avisés et ton mot qui me fait plaisir comme toujours 🙂
      Nous voilà arrivés dans une série de mauvais jours : temps froid et gris et parfois pluvieux… Il est temps de se remettre au travail. Finies les bulles sur la terrasse.
      Bises et bonne continuation

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  4. J’en profite pour te souhaiter à nouveau une très bonne année et continue de nous alimenter et divertir avec tes aventures ! Qu’as-tu fait de tes DVD ?? C’est un acte manqué, cela t’oblige à un 2è voyage de 2h.
    Sais-tu que les chats choisissent leur maison et peuvent changer de propriétaire si le coeur leur en dit. On peut comprendre, ta terrasse est bien sympa.
    Pour l’isolation, as-tu pensé au boudin sous la porte ? (souvenir, souvenir des premiers jours à Lavoisier ;-)). La salle de bain non chauffée c’est le pire je pense. Pas de chauffage soufflant d’appoint ? Je fais tourner le mien au moins 10 minutes avant de prendre ma douche… Je compatis. Bon courage !

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    1. Merci Cath pour ces bons souvenirs d’un froid polaire à Lavoisier… qui nous disait « bienvenue dans ces nouveaux bureaux » en ricanant… ;-)) On s’est bien marré.
      Je ne connaissais pas ces habitudes des chats qui sont encore moins fidèles que ce que je pensais. Pépette aime notre terrasse quand il y a du soleil et les enfants, je pense… Elle doit s’ennuyer un peu là où elle vit.
      Evidemment, pour le froid, je n’ai ni rideau coupeur de courant-d’air, ni boudin, ni chauffage d’appoint… Nous supportons… Il est peut-être là, l’acte manqué. Je peux me plaindre ou me faire plaindre. Hi hi hi !!!
      Merci pour ta présence et tes mots arrivés juste à point.
      Bonne continuation et grosses bises

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  5. Je partage et compatis !!:) Le froid me rappelle qd j’allais chez ma grand mère, et qu’il fallait passer par l’extérieur pour aller dans la salle de bain , qui n’était pas chauffée non plus … Le Japon entre traditions et modernité …:)

    Aimé par 1 personne

    1. Ah trop sympa Adeline ton petit mot 🙂 🙂 🙂 Je t’envoie des smileys aux yeux cœur (que je ne sais pas faire) 😉
      Oui, nous avions oublié ce froid de nos enfances… C’est notre petite madeleine de Proust à nous, au Japon. Mais toi comme moi, j’en suis sûre, préférerions une madeleine 😉 Jour ensoleillé, froid supportable dans la maison, jour gris, mitaines, doudounes et plaids à foison !
      Bises

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