Avant après

Cinq semaines sans nouvel article, je me demande comment retrouver le fil. Très doucement. L’Assomption en France le 15 août, la fête des morts au Japon du 13 au 16 août (1). Les lecteurs fouettent d’autres chats, Kawaii revient en catimini.

Nous sommes rentrés le 23 juillet d’Okinawa. Nous espérions secrètement pouvoir rejoindre la France au mois d’Août, même pour dix jours. La saison des pluies s’éternisait anormalement dans le Kanto. Je me plaisais à dire
« avant après ». La veille, la magnifique baie de Kabira sur l’île d’Ishigaki, les fonds bleus à poissons tropicaux sous un soleil de plomb. Le lendemain, Tokyo puis Yokohama sous une pluie battante qui ne s’était jamais arrêtée, le ciel bas et gris. J’avais un peu froid. J’ai dû laver toutes les boiseries de notre entrée, plinthes, placards et portes, déjà colonisées par l’humidité. Foutue saison.

Puis tous les français sont partis en vacances, principalement à Hokkaido dans le nord de la péninsule. Quelques jours en berne. Ils ont fui la chaleur qui s’est installée la semaine dernière : mardi 11 août, température ressentie 43 degrés, puis 41, 44, 42, 43, 45 jusqu’à dimanche et les semaines à venir. La chaleur ne démord pas et reste accrochée au-dessus des 30 degrés la nuit. Moyennant quelques pépètes supplémentaires sur les factures et les centrales à plein régime, le pays vit au gré du ronronnement des climatiseurs.

Nous profitons désormais des joies de la piscine et des transats, seules activités extérieures possibles. Pourtant nos corps ne cesse de réclamer : les paysages et les couleurs de l’été en France, ses verts d’eau tendre, les blés mûrs, ses vieilles pierres blanches et jaunes, ses toits d’ardoises et de tuiles, ses cours d’eau nonchalants, le nord et le sud de la Loire, Paris, je voudrais tant marcher dans les rues de Paris, la variation des architectures, la chaleur sèche, le silence des après-midis de sieste, les barbecues sur les terrasses, la fraîcheur tard le soir, les étoiles filantes dans la nuit des jardins, les moustiques plus doux, les hirondelles à tue-tête.

De son côté, le Japon égrène ses dates :
– jeudi 6 août : 75 ans du bombardement atomique sur Hiroshima en 1945
– samedi 9 août : 75 ans du bombardement atomique sur Nagasaki en 1945
– mardi 11 août : jour de la montagne. Férié.
– jeudi 13 août : début de O-bon. Comme au Nouvel An, les Japonais bénéficient de quelques jours de congé et retournent dans leur famille. Les routes et les trains seront pris d’assaut. Les Tokyoïtes eux, sont invités à rester chez eux face à une flambée sans précédent des cas de Covid (2). La mesure devrait s’avérer plutôt respectée.
Le Japon commémore, célèbre et compte. Mais Macron à Beyrouth, la canicule en France, les élections en Biélorussie, l’attaque terroriste au Niger et autres actualités prennent le devant de la scène. Malgré tout, relire Camus dans le journal Combat ne mange pas de pain (3). 

Moi j’égrène d’autres dates. Dans cinq jours, les filles effectueront leur rentrée. Un jour sur deux les deux premières semaines. C’est un début de liberté après cinq mois et demi, soit vingt-quatre semaines, soit cent soixante-dix jours dans un tunnel. Entre le collège de notre aînée et la primaire de notre cadette, l’école a veillé à la simultanéité des présences. Je la salue bien bas.

Dans deux jours, je reprendrai l’avion pour le Japon. Au placard ce calendrier parallèle que je tiens scrupuleusement ! Ce lundi-là de juillet j’aurais dû poser les valises dans notre vallée, jeudi-là trinquer avec les copines, « Allez ! Happy birthday ! Même en retard. », là, là, là et là, les déjeuners avec les collègues, là la Normandie avec les cousins, les balades en Bourgogne, les tournois de tennis de table avec les amis, qui sera le plus acharné cette année ?, les gros ploufs et les chorégraphies dans la piscine, la méditerranée et les nièces à embrasser. Oui, demain sans doute, nous aurions fait la route jusqu’à Paris ou les environs. Vendredi, nous aurions pris l’avion à Charles de Gaulle et mal dormi. Samedi, aurions retrouvé notre maison et le bay bridge et les tours de Minato Mirai au loin dans la brume de l’été. Aurions maudit le décalage horaire et la chaleur. Les vacances en France toucheraient à leur fin. Je peux respirer. Ma place se trouve à nouveau au Japon, le plein du pays en moins. Comment cela se vivra-t’il ?

  1. O-bon. Voir l’article O-bon, la fête des morts japonaise, National Geographic
  2. Voir lien.
  3. Le plaidoyer pour la paix d’Albert Camus après Hiroshima le 8 août 1945, Médiaprt, 6 août 2017

6 commentaires sur “Avant après

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    1. Bonjour Stéphanie,
      Merci pour ton message ! Un grand plaisir de te retrouver aussi 🙂 J’espère que tu as passé de bonnes vacances.
      Tu dois être en train de préparer la rentrée des tiens et celle de nombreux étudiants. J’espère que cela se passe bien, le plus en douceur possible, surtout avec le covid et j’imagine, les recommandations. Je croise les doigts… En ce moment, je galère pas mal avec la plateforme qui héberge mon site… J’espère pouvoir rester en contact.
      Énormes bises, très chaleureuses, et très bon week-end !

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    1. Oui c’est un grand dommage !!! Moi aussi j’y tiens beaucoup !!! Et à des chaussures confortables pour arpenter les rues de Paris avec toi. Mais au train où iraient nos discussions, nous ne verrions sans doute pas grand chose 😉
      A très bientôt ! Grosses bises !

      J'aime

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