Mystery (1)

Les vacances d’été touchant à leur fin en France, nous prenions des nouvelles avec une amie. Les vacances, justement, comment s’étaient-elles déroulées ?, les enfants, comment allaient-ils ?, la reprise du travail là-bas, la rentrée ici. Puis elle posa quelques questions plus larges : « Les filles doivent-elles porter le masque à l’école ? » « Devez-vous le porter dans
la rue ? »

Je décrochai mon téléphone. J’avais préparé un article à ce sujet puis m’étais ravisée. La France était certainement lasse des mensonges d’Etat et des débats qui l’agitaient. Elle revenait de vacances. Tout doux, bijou ! Au fond, je demeurais persuadée que peu de français souhaitaient tomber malade ou voir leur entourage tomber malade et par conséquent, que beaucoup recherchaient les protections éclairées et simples qui leur permettraient de vaquer à leurs occupations, voire, aller de l’avant. A nouveau, je ne disposais d’aucune photo afin d’illustrer l’article recalé. Et j’imaginais encore moins une entrée en matière assez naturelle pour introduire le sujet. Mais dimanche après-midi, mon amie posait les questions et je suis prompte à aimer que le ciel m’envoie de l’aide (1). Je rouvris les pages de mon cahier. On verrait bien.

Comme pour de nombreux Français, certaines résistances le concernant m’ont paru curieuses. Les faits divers, parmi les plus pacifiques, je ne parle pas de ces personnes étranges dont la fureur devient incontrôlable à l’instant même où ce mot est prononcé, « masque », « masque », « masque », les faits divers donc, ont rapporté un gars débarqué d’un TGV qui filait droit sur Marseille. Arrêt brusque dans la pampa du Creusot (2). J’ai trouvé la SNCF futée. La région est sympa, l’air pur. On y mange bien, on y boit bien. La compagnie est excellente. Je devais même y passer plusieurs jours de vacances. J’ai encore vérifié aujourd’hui (3), pas d’obligation de porter le masque en Saône-et-Loire, excepté quelques coins à Châlon-sur-Saône. Un havre.

Étonnée aussi par les batailles administratives des préfectures contre des maires trop prompts à l’imposer dans leur ville (4). L’Académie de médecine avait beau préconiser (5), c’était qui la patronne ?

La semaine dernière, je m’étais un peu moquée d’elles, les préfectures, à éplucher chacune son département, son petit bout de monde, et cartographier les obligations et les exceptions « Vu le Code Général des Collectivités Territoriales », « Vu le code de la santé publique », « Vu la loi »,
« Vu le décret  », « Vu l’arrêté », « Vu la demande du maire », « Vu », « Vu »,
« Vu », « Considérant ». J’avais étudié l’article du Monde (3) qui tient avec dévouement la liste des départements, de leurs villes, marchés, ports, places, quais, boulevards, rues, esplanades, promenades, allées, jardins, parcs, squares, complexes sportifs, salles polyvalentes, et que sais-je encore, découvrant que l’exhaustivité s’avérerait un travail de fourmi. Alors j’avais fait parler un patois de nos régions à ces préfectures – mon grand-père en usait -, en espérant les aider, peut-être, à trouver un reste de bon sens, semble-t’il perdu je ne devine pas où ni comment. Mon texte était prêt, je le sers :


« Alors. Dans c’te rue : obligatoire ! Et pis dans cel’là ? Attends voir ! Ben non. Non, pas dans cel’là ! Ah ben si. P’t-être ben qu’oui. Oh pis non ! Oh pis merde, tiens ! J’en savo rien du tout. Sur l’marché : Oui ! Et pis sur l’port, ben j’sais pas non pu. À côté, ils l’ont mis obligatoire. Mais chez nous, c’est p’t-être ben pas obligé. On pourrait mettre tout l’centre-ville. Remarque ! Y s’rait ben plus simple. Mais bon, y’est quoi la limite après tout ? Ben, sinon, on met l’hyper-centre, tiens. Chez les autres du département d’à côté du nôtre, o z’on eu une idée qu’est pas mal. O z’on dit, de huit heures du matin à sept heures du soir, faut l’porter dans trois rues. Oh ben r’garde don. Ça chauffe là-bas. O z’ont mis partout. Y’en a toujours qui s’embête pas, tu m’diras. D’autres, c’est plus dans la nuance, tu vois, une partie du centre ville. Mais ça s’discute. Après tu mets un lien. Tiens ! T’as qu’à mettre l’document d’vingt-quat pages qu’on a fini hier. Y vont ben voir qu’on bosse ici. Oh et pis, si ça va po, on chang’ra ben d’main. Allez ! »

A ce lien, avant d’atteindre les pages concernant les arrêtés en question, j’ai sauté celles consacrées aux opérations de régulation de corbeaux freux et corneilles noires « Vu le code de l’environnement », « Vu l’arrêté », « Vu le décret », « Vu les conclusions », « Vu l’avis ». Les cartes quant à elles, continuent à se dessiner au gré des résultats des tests (6). Enfin, cette histoire, jusqu’à ce que le gouvernement impose le masque sur tout le territoire. Dossier suivant !

Article 124 (1)-photo 1-26 08 2020_Yayoi Kusama Museum

  1. Voir l’article Une pichenette du ciel
  2. Il refuse de mettre son masque dans un TGV Paris-Nice, le conducteur s’arrête en Saône-et-Loire pour le débarquer, franceinfo, 17 août 2020
  3. Coronavirus : dans quelles villes ou départements le port du masque est-il obligatoire ? Le Monde, 4 août 2020
  4. Coronavirus : pourquoi les maires peuvent-ils désormais rendre le port du masque obligatoire en extérieur ? Le Monde, Août 2020
  5. Imposer le masque dans la rue, une gageure pour les maires, Le Monde, 13 mai 2020
  6. Sarthe. La circulation du virus continue d’accélérer, le port du masque généralisé dans 40 communes, Ouest France, 20 août 2020

4 commentaires sur “Mystery (1)

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  1. Rha là là !!! Je m’suis r’trouvée en plein pays sarthois !
    Ben si qu’j’te dis !!!

    Trop bien trouvé ce texte, ça m’a bien fait rire… enfin un peu jaune quand même parce qu’il est tellement vrai : « vu le contexte ».
    Énormes bises

    Aimé par 1 personne

    1. 🙂 Trop bien ! Et un peu de Bourgogne 🙂 Mais là, il faut laisser parler tu sais qui 😉
      En parlant de la Sarthe, je pense souvent à toi et B. Les 10 ans de retard… Là-bas, c’est la 1ère vague quand tout le monde parle de la 2ème… Hi hi hi.
      Bon courage à vous surtout et grosses bises.
      Et à très bientôt !

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