« Bilan alarmant » (3)

Le 18 donc, la presse japonaise comptait ses cas. Le 19, la presse française, une certaine partie, faisait son job et relayait l’information, 20 minutes (1) et Courrier international (2) en pole position. Le 24, plus à l’ouest, Ouest France (3). Les autres, je ne sais pas. Ils avaient d’autres chats à fouetter. Le Japon ne se place pas au centre du monde non plus. 

Le 19, le début de l’article dans le Courrier m’interpella (1). Il y mentionnait le « bilan alarmant » du Japon et en particulier de Tokyo. J’avais beau vivre ici, c’est lui qui me fit flipper. Cela se passait au moment où je peinais à comprendre où le gouvernement japonais voulait en venir et où mon téléphone se taisait.

Afin de retrouver mes esprits, j’essayai de me placer du point de vue du journaliste : « alarmant », « alarmant », certes « alarmant » à l’échelle des records enregistrés dont j’ai parlé plus tôt et du seuil de tolérance de la société japonaise, bien que jamais je ne vis ce terme « alarmant » utilisé (dans la presse japonaise anglophone du moins). 

Passé mes efforts de compréhension, « alarmant », ce qui m’étonna davantage restait ce journaliste qui semblait noter le « calme » de Yuriko Koike « qui tranchait avec l’urgence » de la situation. A cette ligne, mon cerveau se perdit en conjectures.

Franchement, je me dis que ce type ou cette nana ne vivait pas en France, ce n’était pas possible, ou alors il ou elle se marrerait, plutôt que d’enfoncer le clou avec son « urgence » : 2 109 décès au Japon, 53 816 décès en France à ce jour, pour une population deux fois moins nombreuse. Si ma règle de trois s’avérait juste, soit 100 949 décès en France à l’échelle du Japon.
Ou à l’inverse, si, si, si, il se pouvait bien qu’il ou elle vive en France, et que celui-ci ou celle-ci aient trop regardé ceux qui se cassaient la voix dans les micros ou partaient en guerre sur le champ dans un relent de résistance qu’ils auraient voulu héroïques, mais pauvres hères, parfaitement anachroniques. Malheureusement, les recettes de l’histoire ne se répètent pas. Parce que bon sang, « calme », il n’est pas besoin de s’être tapé tous les Kurosawa pour savoir que les Japonais, en général, demeurent calmes et posés. Ce serait plutôt l’inverse qui se verrait à souligner.
Je tentai une dernière hypothèse et le soupçonnai d’avoir des comptes à régler, je ne sais ni avec qui, ni avec quoi. D’ailleurs, il ou elle la dénonçait haut et fort, cette injustice insouciante du peuple nippon qui l’écœurait :
« Bars et restaurants du centre-ville de Tokyo étaient remplis de Japonais en groupe, sans masques, faisant fi des mesures sanitaires. La situation catastrophique des pays européens n’était alors pour eux qu’un écho lointain qui ne les concernait pas. Conséquence de cette baisse de vigilance, le pays fait face aujourd’hui à ce que les experts appellent une “troisième vague” ». Tiens ! Ramassez ça les premiers de la classe ! Bien fait pour vous !
Pour finir, je fus forcée de me demander d’où pouvait sortir ce ou cette hurluberlu de journaliste que le Courrier laissait publier.

Après tout, ces lignes ne constituent que des suppositions. Suis honnête, je ne détiens pas l’accès à l’ensemble de l’article. Si un lecteur ou une lectrice compréhensive l’avait et pouvait me l’envoyer dans son intégralité, il ou elle me permettrait, peut-être, de revoir mon jugement ou de tenter de percer cette pensée qui s’écrit sur le Courrier. Je me sens embêtée de balancer mes idées sans savoir.

Bref, en attendant, je livre des faits, ceux de ma vie, de mon quartier. Un cas de Covid s’est déclaré dans l’école de nos filles. Fermeture de l’école de lundi à mercredi, de la maternelle au lycée, trois jours le temps d’aérer et désinfecter. Fermeture jusqu’au 8 décembre de toutes les classes de CM2 – un des enfants de la fratrie se trouvant dans l’une des trois classes de ce niveau – et de 3ème – même punition, sachant que seul l’un des deux enfants est testé positif.

Un cas contact dans l’école d’à côté. Test négatif. Fermeture aujourd’hui et demain, le temps de refaire le test, histoire d’enfiler la ceinture et les bretelles. Le bruit circule qu’il s’agirait d’un cas contact d’un cas contact. On soupire. On soupire. Ces précautions ne se révèleraient-elles pas de trop ? Mais nous reportons le cours de danse. Mais nous faisons remettre le masque aux enfants quand ils veulent jouer ensemble dans nos maisons. Mais les activités de l’association basculent sur Zoom quand ce moyen le permet. Mais je remets à plus tard mon chai au son du jazz. « Sumimasen Oidon san. »

Chaque jour nous observons les chiffres et tentons de les comprendre mieux (4) :
– Lundi 30 novembre : 2 107 cas
– Mardi 1er décembre : 1 934 cas
– Mercredi 2 décembre : 1 692 cas
Ils baissent les débuts de semaine, ils augmentent à partir du mercredi ou du jeudi. Si dans quatre-vingt dix pour cent des cas, la période d’incubation se trouve entre trois et cinq jours, alors les fins de semaines et les week-ends, nous enregistrons peut-être les contaminations du week-end précédent. Avec ce constat, nous attendons les résultats du jeudi et des jours suivants avec inquiétude.
Nous nous montrons tous prêts, je le crois, à ces petits efforts auxquels nous sommes invités par notre ministre (5), car il se trouve une chose que nous aimerions protéger, nous tous qui sommes loin de notre pays depuis bientôt un an et demi : les vacances de Noël et les fêtes de fin d’année. 

Voici tout ce que j’avais à dire sur la Covid. Parfois je me demande s’il se montre utile de relever ces articles de presse bourrés d’inepties. Elles me paraissent de telles grosses ficelles que je crains d’enfoncer des portes ouvertes. Pourtant leur but me reste encore incompréhensible (pour ce que j’en ai lu). Malheureusement, si je n’avais vécu au Japon, je demeure certaine que l’article du très sérieux Courrier international, je l’aurais bu sans l’ombre d’un doute.

  1. 20 minutes
  2. Courrier international
  3. Ouest France
  4. Sources : Wikipédia. Voir ce lien.
  5. Nouvelles brèves, Infos locales du Japon, 1 décembre 2020

4 commentaires sur “« Bilan alarmant » (3)

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  1. Je suis rentré de l’hôpital depuis 9 jours et la vie reprend ses droits après 27 jours de Covid-19 !

    Quelle calamité ce virus, faites attention à vous, bien que votre âge et votre condition physique (exemplaire !) vous prémunisse d’une atteinte grave…
    Je pense arrêter Air Liquide aujourd’hui (oxygène), surveillez les cours de la bourse…

    Merci de votre lettre.
    Bien affectueusement à tous,
    Jean-Luc

    Aimé par 1 personne

    1. Cher Jean-Luc,
      Merci pour tes nouvelles qui nous réjouissent ! Ca y est, tu sors du tunnel ! Nous espérons que tu retrouveras vite ton énergie d’avant. Toute ta petite famille doit être bien heureuse.
      Excellente continuation à tous et bons préparatifs pour Noël !
      Nous vous embrassons et pensons bien fort à vous.

      J'aime

    1. Coucou Stéphanie,
      Vous aussi ! J’ai cru lire : 6 adultes max. Nous te raconterons nos projets très bientôt 😉
      Nous pensons très fort à l’année dernière, j’en ai gardé toutes les sensations. Quelle année a passé depuis…
      A très vie et grosses bises.

      J'aime

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