Only for your eyes

C’est étrange. Malgré une météo froide et grise, et l’espoir en berne à cause de certaines aventures dont j’étais revenue bredouille (1), je suis allée traîner mes guêtres à Minato Mirai, non loin du Pacifico (2), à l’endroit où L. les avait rencontrés par hasard l’année dernière lorsqu’il était sorti courir le long de la mer. Il n’avait pas pris son matériel, alors il n’avait rien pu faire. De mon côté, sans doute, je n’avais pas abandonné l’idée.

Quelques groupes erraient de-ci de-là et j’ai supposé que les rassemblements étaient déjà terminés ou se déroulaient ailleurs. L’hiver, ils étaient tous rehaussés d’une belle fourrure blanche. Même si la prise se verrait meilleure que l’an passé, j’arrivais trop tard (1).

Pour les apercevoir et les photographier, j’ai d’abord fait le guet devant les cafés des hôtels chics. Tout en observant d’un œil les alentours, il fallait s’intéresser avec hésitation à la carte puis repartir en direction du suivant sans que rien n’ait réussi à convaincre. Sur des bancs aussi, où je mangeais des bonbons les yeux dans le vague – j’avais acheté ce leurre un peu plus tôt, je ne voulais pas paraître trop les surveiller ni les attendre. Puis aux terrasses éclairées avec vue sur la grande roue, j’agissais comme eux, je la prenais en photo, des lumières pleins les yeux. Je réglais mon appareil, j’opérais un demi-tour doucement sans les regarder, et je visais. A la fin, je finissais par les capturer presque tous. Il n’y a que les autres passants qui m’observaient avec un air étonné se demandant un court instant si le procédé s’avérait loyal. Alors je prenais cet air indifférent et je partais quelques mètres plus loin.
La piste ne comptait que quatre cents mètres en réalité, mais j’ai marché plusieurs kilomètres à ce rythme, mue par l’appât de mes futurs trophées.

La variété, les couleurs, les motifs, les mélanges, les nœuds savants du obi (3), tout m’attirait et me ravissait. 

Une fois rentrée, j’ai cherché la manière dont la presse japonaise avait relaté l’événement (4), notamment à Yokohama où je restais à l’affût d’un nouvel indice. Elle parlait des incidences du covid, les traditions et les changements de comportement.
Deux ou trois clics après, tous les renseignements que je cherchais à tâtons, soit que je ne les avais jamais trouvés, soit qu’ils étaient rendus publics pour la première fois, s’étalaient sous mes yeux. La mairie les affichait sur son site depuis des jours : le lieu, les heures des cérémonies officielles, tel regroupement selon les arrondissements. 

Les célébrations sont passées. Je devrais m’en contenter ou il faudrait que je reste une année supplémentaire. Un jour, je finirais par connaître toutes les ficelles du métier et j’arriverais à prendre un grand bain des plus beaux kimono du mois de janvier.

  1. Voir l’article Quand on aura 20 ans…
  2. Pacifico Yokohama : officiellement connu sous le nom de Pacific Convention Plaza Yokohama, il est un centre de conventions et d’expositions.
  3. Obi : ceinture servant à fermer les kimonos.
  4. Seijin-shiki : cérémonie d’entrée à l’âge adulte. Jour férié au Japon, le deuxième lundi du mois de janvier.
  5. Gathering to celebrate « Coming-of-Age Day » (Coming-of-Age Day) : lien.

4 commentaires sur “Only for your eyes

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  1. Quelle ténacité ! Digne d’une journaliste d’investigations 😉
    Mais comme quoi, cela paie !
    Quel résultat ! Les photos et les sujets sont absolument magnifiques. Quelle chatoyance dans les couleurs et les tissus, c’est vraiment splendide.
    Bravo, le jeu en valait vraiment la chandelle, et merci de nous en faire profiter.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Chris ! 😍
      Je suis contente aussi 😃
      Il y a sans doute moyen d’améliorer encore mais dans ce processus, c’est vraiment une marche après l’autre (et une année après l’autre).
      C’est long et très chouette en même temps !
      Je crois que tu vois très bien ce que je veux dire 😉
      Gros bisous et bon courage à vous tous dans cette période bien mouvementée !

      J’aime

    1. Bonjour Karine,
      Et pardon pour ce message si tardif !
      Merci pour ta lecture et ton commentaire.
      Je ne sais pas si je peux dire que les Japonais en général sont habitués au froid. Je vois dans la rue des bébés sans chaussette avec des températures froides. Et le jour où il a neigé en janvier, une lycéenne portait une jupe courte avec des chaussettes jusqu’aux genoux… Comme toi, je suis glacée pour eux parfois.
      Es-tu toujours à Hong-Kong ou es-tu rentrée en Suisse ?
      Bonne continuation et à bientôt !

      J’aime

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