Mardi j’ai pris l’avion

Mardi j’ai pris l’avion.

Il faut s’asseoir à gauche de l’appareil et prier pour le ciel. Même couvert au départ, il vaut parfois la peine d’espérer. En général, on se résigne et on n’a pas tort non plus.

Les mois d’été chauds et humides, prier ne sert à rien. L’horizon se résume à une brume immobile. On est obligé de le voir pour le croire. S’y casser les dents en quelque sorte. Jusqu’à ce que tout espoir disparaisse.
Maintenant le travail commence. La déception devient un plat écœurant à digérer. Aller vite s’avère préférable mais on ne le choisit pas.

Les mois d’été, la chaleur se montre terrible. L’esprit ne tient plus qu’à son ombre, le corps compte les quelques heures qu’il lui reste. Sauf la nuit, mais pas à Tokyo.
À Tokyo, les conditions sont les pires. Avant les climatiseurs, les faibles mouraient l’été.
En venant d’Europe, on ne le comprend pas. D’ailleurs on ne parvient jamais à l’expliquer. On dit « fortes chaleurs ».

Quand les géants existaient, ils trébuchaient contre.
Ils dégringolaient de tout leur long.
Ils pleuraient comme des enfants.
Ils avaient mal aux pieds.
Ils regardaient à droite et à gauche sans deviner le gros caillou gris dans le vide blanc.
Les déterminés se redressaient à quatre pattes et tâtonnaient le sol comme un myope cherche ses lunettes. Mais un myope sait qu’il cherche ses lunettes. Les géants avaient peur des sorcières, ils n’insistaient guère. Savaient-ils ce qu’ils trouveraient encore ?
Grâce à cette histoire, on comprend qu’il se tient invisible.

Il a le droit.

Les géants sont revenus l’hiver, parmi eux, ceux qui étaient tombés et s’étaient relevés. Il se voyait comme le nez au milieu du visage, la brume s’était dissipée.
Les plus malins ont échafaudé des hypothèses : ce cône était-il la cause de leurs chutes ?
Ainsi la science est née. Les géants savent désormais que les sorcières n’étaient qu’un fruit imaginaire.

Depuis un aéroport à Tokyo, il s’aperçoit peu de temps après le décollage.
Le Mont-Blanc enneigé produit le même effet mais je ne l’ai jamais regardé de haut.
Il existe plus d’indifférence à son égard. Il s’est déplacé en bande avec des mouvements violents et tourmentés. Trop d’excités le jalousent. Le toit de quelque part, vous pensez !
Malheureusement cette beauté ne peut pas s’attraper. Les photos, les films, signifient surtout les sacrées secondes de perdues. Un jour tout disparaîtra et pas besoin d’attendre la fin des temps.

Ensuite la terre se plisse comme la peau d’un vieux marin déshydraté. Les loupes d’un microscope l’observe à cause d’une idée étrange.
Certaines vallées ne peuvent pas être habitées. À part les ours.

Dès que les plaines se présentent, alors là, pas un mètre carré ne résiste.
Au bord de la mer, c’est ici qu’il existe le plus de tricheries. 

A gauche encore, des îles flottantes se profilent dans une espèce de nuage. La mer est turquoise. Le voyageur voudrait tout à coup changer de direction et sauter sur le rivage avec sa serviette de plage. Pour l’heure, elle sert de parachute qui claque au vent.
On sent le Pacifique, le vrai. On croit celui du sud, une image confusément exotique. Elle s’est construite avec beaucoup d’autres sans considérer le nord. La faute aux palmiers, aux scintillements dans l’eau. Je crois que le nord ne compte pas.

L’avion atterrit, une roue, deux roues. Le voyageur s’étonne, se frotte les yeux pour la première fois. Il est arrivé sur un plateau dans le Jura ou le Larzac si le son « ac » sonnait moins fort.
Un mélange que l’on est bien obligé d’accepter : l’herbe a jauni, les pins (quels pins ?) encerclent les hauteurs. Des bouts de sommets vains mais prétentieux voudraient rassembler le paysage.
Le vent souffle plus fort.

Une heure de route en bus pour rejoindre Hiroshima. Pas de train.
En approchant de la ville, il y a des rivières ou des bras. La vue enchante. En réalité, elle oblige l’espace. On va pouvoir respirer.
Avant, le paysage n’a pas varié des autres régions. Ils finissent par lasser. Ici, le grandiose n’existe pas, à part le Fuji, cela s’entend.
Très vite, les lignes et le dépouillement sont devenus nécessaires pour survivre aux forêts et aux montagnes. Privé de ces artifices, l’esprit chavire, devient fou. Il se heurte et veut partir.
Un archipel vide depuis des siècles.

Les bambous semblent vert tendre, les cerisiers roses forment des tâches çà et là dans les pentes, quand il vient l’heure de faire face aux paysages.

Voici la gare centrale des bus à Hiroshima. Terminus couvert d’un bâtiment à shopping pour ce qu’il en paraît. Les rejets du gasoil ronflant dans le nez se révèlent une calamité.

4 commentaires sur “Mardi j’ai pris l’avion

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